Réconciliés avec Dieu

    Réconciliés avec Dieu

    Il y a des années de cela, lorsque je servais comme évêque à Sydney, en Australie, j’eu le grand privilège de compter parmi les membres de ma paroisse un homme âgé qui était un parfait gentleman. Joe Herbert, qui avait perdu son épouse plus tôt dans la vie, s’était remarié et avait accepté l'Évangile aussi pleinement que le peuple du roi Benjamin et le père du roi Lamoni (voir Mosiah 5:2Alma 22:15).

    Sa deuxième épouse ne partageait pas la foi de Joe, mais cela ne le dissuadait pas, le moins que ce soit dans son amour pour elle ou pour l'Évangile. Il était aussi gentil comme l’on imaginerait que le Sauveur serait et était toujours prêt à donner un coup de main pour aider les autres en dépit de son âge avancé.

    Joe avait émigré d'Afrique du Sud afin de quitter le système de l’apartheid qui existait alors dans son pays natal. Son immigration signifiait qu'il avait perdu la plupart des possessions qu'il avait accumulées en Afrique du Sud. En conséquence, il avait juste ce qu’il fallait financièrement, bien qu'il était farouchement indépendant. L'Australie est devenue son pays d'adoption, et il s‘est rapidement intégré et a contribué à la paroisse et à l'Église. Joe possédait de bonnes compétences en menuiserie qu’il utilisait pour faire de temps en temps des cadeaux inattendus aux membres de la paroisse comme des actes de service.

    Tout le monde aimait Joe, mais quelque chose arriva et cela l'affecta profondément. En Australie, si un piéton se rapproche d'un passage avec des bandes pour piétons, la circulation est obligée de s’arrêter et de lui céder le droit de passage. Cette règle est non seulement un principe mais aussi est-elle minutieusement respectée par presque tous les automobilistes.

    Un jour, Joe utilisait le passage piéton, quand il a vu une voiture qui se rapprochait. Elle roulait assez lentement pour s’arrêter facilement, mais le conducteur n'a pas réussi à le faire et a heurté Joe. Il a souffert d’une blessure importante à la partie inférieure de son corps. Après une chirurgie, Joe ne pouvait plus marcher sans l'aide d'une canne et éprouvait de grandes douleurs. Personne n'avait été témoin de l’accident, et l’automobiliste blâma l'accident sur ce qu'elle décrivit comme « l’inattention téméraire » de Joe.

    Sans témoin ou un moyen de corroborer la description de Joe de l'accident, la police et les tribunaux ont été incapables de déterminer qui blâmer. Si les faits avaient été connus, Joe aurait pu convenablement cherché restitution.

     De fait, Joe, qui avait un revenu suffisant pour prendre soin de lui-même et de sa femme, a commencé à ressentir une profonde amertume envers le conducteur pour les douleurs qu’il avait et les frais médicaux qui y étaient associés. Le refus du conducteur d’admettre la vérité était contraire à la perception qu’avait Joe, de l'intégrité et du sens de la responsabilité personnelle pour un acte posé.  Il ne pouvait pas comprendre. Après avoir lutté pour contrôler la colère qui bouillonnait en lui pour cette injustice, il m'a approché, soucieux de la façon dont il se sentait. Il avait prié afin de se sentir autrement, mais ses prières semblaient sans réponse.
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    Photo des mains par Diego_Cervo/iStock/Thinkstock; photo de la canne par Andrzej Tokarski/iStock/Thinkstock

    Pardonnez les uns aux autres

    Pardonnez les uns aux autres

    En tant que l’évêque de Joe, et ayant un grand sentiment d'empathie pour mon ami, je cherchai à comprendre auprès du Seigneur comment je pouvais l'aider. Je me souvins alors du verset suivant de l’Écriture : « C’est Pourquoi, je vous dis, que vous devez pardonner les uns aux autres; car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur; car c’est en lui que reste le plus grand péché » (D&A 64:9).

    Je me demandai pourquoi le Seigneur donnerait un tel conseil apparemment injuste. Pourquoi quelqu'un comme Joe doit être tenu comme ayant commis un plus grand péché que le conducteur qui avait non seulement blessé Joe mais avait également aggravé son erreur en refusant de prendre la responsabilité de l’incident ? Était-ce un principe trop difficile à vivre ? Comment réagirais-je dans une telle situation ?

    Tandis que je méditais les versets suivants, je commençai à comprendre. « Moi, le Seigneur, je pardonne à qui je veux pardonner, mais de vous il est requis de pardonner à tous les hommes. Et vous devriez dire en votre cœur : que Dieu juge entre toi et moi, et te récompense selon tes actes » D&A 64:10–11).

    De prime abord, cela peut sembler insinuer que Dieu se vengerait pour nous et que nous devrions simplement attendre que notre bon moment arrive et qu’Il punisse la partie coupable. Bien qu’il puisse éventuellement choisir de le faire, ce verset me dit beaucoup plus et c’était dans un ton complètement différent.

    Ce que je ressentis à la lecture de ce verset était qu’il ne nous appartenait pas de déterminer ou d’exiger un prix pour une faute commise contre nous. Cela n’est pas notre rôle. Seul le Seigneur Jésus-Christ a ce droit. Pourquoi ? Parce qu'il a payé le prix pour tous les péchés. Toute transgression commise contre nous, a déjà eu son prix payé par l'expiation de notre Sauveur et Rédempteur. Nous ne disposons pas du droit d'exiger davantage de prix, et nous devons laisser la question entièrement entre Ses mains.

    Une Expiation pour tous

    Une Expiation pour tous

    Le Seigneur peut exiger un prix supplémentaire de certaines personnes qui se gardent de tirer profit de son Expiation et de se repentir, mais cette décision n'a rien à voir avec nous. Notre rôle est simplement de pardonner, comme il l'a enseigné, et d'être réconciliés avec celui qui nous a offensé et Dieu. Lorsque nous ne pardonnons pas, même lorsqu’un tel pardon ne nous est pas demandé, nous commettons le péché terrible qui consiste à nier le pouvoir de l'Expiation. L'Expiation n’est pas seulement pour moi ; elle est aussi pour ceux qui m’offensent, qui me blessent, qui font des commérages sur moi, et qui me dérobent ces choses qui sont des plus précieuses. Le Sauveur a souffert l'Expiation pour tous les enfants de Dieu- les obéissants et les désobéissants.

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    Joe et moi avons parlé longuement. Cela lui apporta la paix et la compréhension. Sa douleur physique ne disparut pas, mais son angoisse spirituelle était guérie et il avait gagné plus de force pour porter son fardeau. Comme l'a dit le Seigneur à l'apôtre Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12:9).

    Quel que soit les douleurs et les fardeaux dont nous sommes chargés dans cette vie, l'Expiation de Jésus-Christ nous donne la capacité de les porter parce que le Sauveur les rend légers.

    « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et recevez mes instructions ; car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. « Car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Matthieu 11:28–30).

    Les paroles de Paul résument bien la réconciliation offerte par le Seigneur :

    « Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation ; Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses ; et il a mis en nous la parole de la réconciliation. “Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconciliés avec Dieu !» (2 Corinthiens 5:18–20).

    Joe se concentra adéquatement sur les choses qui ne sont pas visibles pour beaucoup. Comme Paul a écrit aux Corinthiens : « parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses qui se voient sont passagères ; et les invisibles sont éternelles » (2 Corinthiens 4:18).

    Mon ami Joe Herbert est décédé depuis. Je ne peux pas le savoir à coup sûr, mais je suis confiant du lieu où il se trouve. C'est un ami, que j’espère saluer un jour dans le futur. Je m’attends à le voir marcher librement, revêtu de gloire parce qu'il a compris l'Expiation. Pendant qu’il était sur la terre, il s'est réconcilié avec Dieu.